EncoreUnBlogDeMerde

     "Moi ? Un nouveau blog ? Nan mais tu rigoles ! Je préfèrerais qu'on m'arrache une couille avec un tire-bouchon ! Nan, soyons sérieux, j'ai déjà perdu beaucoup trop de temps à compiler bêtement des lignes sur internet. Et puis franchement, c'est pas à 29 balais que je vais replonger là-dedans, j'suis trop vieux pour ces conneries."

     Voilà, ça, c'était moi y a six mois. Je répondais à la question d'une amie un peu nostalgique qui me demandait si j'avais pas l'intention, un jour, après quasiment quatre ans d'arrêt, après avoir raccroché les crampons, après avoir déserté les planches, de recommencer à écrire des saloperies sur un blog. Je vous décris la scène : on était en pleine soirée, j'étais en train de me servir mon huitième verre de rosé directement au cubi (la grande classe), je venais de danser sur Magnolias Forever de Claude François (oui bon CA VA, huitième verre je vous ai dit), quand soudain, je ne sais pas pourquoi, sans doute porté par l’ambiance de la soirée (et par l’alcool), j'ai répondu à sa question en lâchant cette tirade pleine d'arrogance et de mépris. Tirade qu'on ne manquera pas de me lancer à la gueule maintenant, vous imaginez bien. Mais bon, que voulez-vous, l'amour des mots à été le plus fort, et je n'ai pas su résister à l'appel de la littérature (enfin presque, du racontage-de-vie-sans-intérêt sur le net plutôt). C'est pourquoi je me suis décidé à sortir de ma retraite internationale pour un ultime tour de piste, à la Zidane version coupe du monde 2006 ou à la François Fillon version présidentielle 2017 (un retour un peu raté, quoi qu'il arrive donc).

     Du coup, je sais déjà ce qu'on va me dire. J'aurais droit à toutes les vannes du style "Un nouveau blog ? Mais il va durer combien d'heures celui-là ? ", ou encore "Mais, c'est ton combientième blog ? Donne-nous juste un ordre de grandeur, à 150 près ? " ou même "T'as pas peur à force d'avoir eu plus de blogs que de gens qui les ont visité ? ". Ha ha ha. Le pire, c'est qu'ils auront raison. Honnêtement, je ne sais pas du tout combien de blogs j'ai créé au cours de ma vie. Je serais bien emmerdé si je devais vous donner un chiffre, là tout de suite. Je suis un peu le Jean-Pierre Mocky du net, j'ai semé n'importe comment, à tout-va. Un jour, une tablette sur laquelle figurera une de mes oeuvres oubliées va venir frapper à ma porte (genre, un vieux skyblog dégueulasse de quand j'étais ado). Et moi, aucune chance que j'assume être le géniteur de cette merde, du coup je claquerai la porte et refuserai de passer à la mairie pour en reconnaître la paternité. J'aurais trop peur de me couvrir de honte, car je sais que mes blogs qui ont vécu longtemps et en bonne santé sont rares, pour ne pas dire utopiques. Si on voulait résumer, on pourrait dire que leur espérance de vie est à peu près équivalente à celle d'un poisson rouge qui nagerait dans un bocal dans lequel on aurait vidé quatre bières de 25 cl (si si, y a des gens qui font ça en soirée, quand ils sont un petit peu saouls).

     C'est toujours la même rangaine : au début, c'est tout beau et tout neuf, alors ça me donne envie d'écrire. Les articles s'enchaînent, ils sont drôles, bien pensés, bien écrits, et font le bonheur de nombreux nouveaux lecteurs, enjoués par tant de fraîcheur et de talent. Puis les mois passent, et écrire devient rapidement une contrainte, une obligation chiante à laquelle je me sens obligé de me soumettre. Du coup, les articles sortent au compte-goûte, ils ne sont plus vraiment drôles, d'une banalité choquante, complétement écrits à la va-vite, et les visiteurs, plus très nombreux et excédés par tant de décrépitude, passent leur chemin. Finalement, l'épilogue est toujours le même : le blog est abandonné, les quelques derniers fidèles assistent à son inéxorable pourrissement, jusqu'à ce qu'un jour je daigne enfin prendre une minute de mon temps pour le faire disparaître d'un clic, sans le moindre sentiment. Voilà, c'est la grande histoire de mon activité blogosphérienne. Et j'aime autant vous dire les choses d'entrée : Capitaine abandonné n'échappera pas à la règle. Je vous annonce d'ores-et-déjà sa disparition prochaine, comme tous les autres avant lui. Il sera une bouteille en plastique de plus flottant sur l'océan de mes inspirations avortées. Tout ce que j'entreprends fini irrémédiablement jeté en boule dans une poubelle. Vous voilà avertis, vous ne pourrez pas dire que je ne vous avais pas prévenus.

     Non, franchement, fuyez ce blog. Allez plutôt vous divertir sur les nombreux sites de couture, de scrapbooking ou de cuisine régulièrement mis à jour dont Canalblog raffole. Si par malheur vous vous attachiez à ces pages, vous finiriez obligatoirement par être déçus. 

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Ne vous fiez pas aux apparences : ce poisson rouge a encore vécu de longs mois avant de rendre sa dernière bulle. L'alcoolisme chez les poissons, on en reparlera un jour (notamment chez les morues en boite de nuit).