Sardou Dix ans plus tôt

 (Il est fortement conseillé par l’auteur de lire cet article avec en fond sonore « Dix ans plus tôt » de Michel Sardou. Même si la chanson, qui parle d’un mec qui se fait grave allumer par une mineure d’à peine 15 ans, n’a rien à voir avec les lignes qui suivent, je vous rassure. C’est juste pour le titre, en fait.)

     Dix ans plus tôt, l’adolescent attardé que j’étais faisait sa grande entrée à la fac, sans trop savoir où est-ce qu’il mettait les pieds. Enfin, « grande », disons qu’il faisait son entrée quoi. Dix ans plus tard, l’adulte pas fini que je suis en sortait avec un bac +5 en poche. Oui, vous avez bien lu, neuf ans pour un minable bac + 5. Au début j’étais parti pour tout niquer et le faire en cinq ans comme tout le monde, mais il y a eu des contretemps (notamment deux années sabbatiques). La fac, c'est comme un bar : on sait quand on y entre, on ne sait jamais quand on va en sortir, ni dans quel état. Dix ans, c’est beaucoup. Si on calcule, ça fait quand même le tiers de ma vie. Du coup je me suis dit, c’est l’occasion de tirer un bilan. Une sorte d’inventaire avant liquidation, quand on s’apprête à fermer la boutique (même si je n’ai pas l’intention de la fermer tout de suite). Je pense qu’il est temps que je règle mes comptes à grands coups de lignes virtuelles avec celui que j’étais à 18 ans, cette espèce de ringard bouffé par sa timidité et ses angoisses et qui passait à côté de sa vie. Ce ne sera pas long, je crois qu’il ne reste pas grand-chose de lui. Quoi que. 

  • Dix ans plus tôt, j’étais la timidité incarnée. J’vous jure, s’il y avait eu un royaume de la timidité, j’en aurais été le roi. En premier ministre, j’aurais nommé le Doute. Et pour le gouvernement, j’aurais filé un portefeuille ministériel à toutes mes angoisses. Le ministère de la famille pour l’angoisse de perdre mes proches. Le ministère de la santé pour la peur de mourir. Le ministère des affaires étrangères pour ma peur de parler aux autres. Et puis le ministère des sports pour mon asthme tiens. Putain ça aurait eu de la gueule. Vous m’auriez vu sérieux, vous auriez eu de la peine. Au lycée, j’étais une ombre qui errait dans les couloirs. Mon objectif dans la vie, c’était de passer inaperçu, de voler sous le radar, de surtout ne jamais faire de vagues. Je passais mon temps à fuir l’inconnu, et les inconnus. La simple idée d’être placé sous le feu des projecteurs me donnait des sueurs froides et des tremblements. Du coup, je vivais caché. Un jour je vous raconterai comment j’ai réussi à m’en sortir, grâce à un prof de fac qui m’a fait un coup à la « Cercle des poètes disparus ». 
  • Du coup j’étais encore complètement puceau, vous imaginez bien. Et rien ne laissait présager que ça pouvait changer dans les années à venir (voir paragraphe précédent). C'est clair que comme j'avais déjà du mal à m'approcher à moins d'un mètre d'une fille, la perspective de me retrouver un jour à une distance négative de l'une d'entre elle paraissait pour le moins improbable. Résigné, j’avais donc commencé à me renseigner sur les églises, histoire de me trouver un point de chute, au cas où. J’en avais trouvé une pas mal, où les bonnes sœurs n’étaient pas trop dégueu, et pas trop vieilles (enfin, pas mortes quoi). N’empêche que j’ai bien fait d’avoir la foi, parce que quand j’y repense, je me dis que la suite a vraiment relevé du miracle. Un jour je vous raconterai comment j’ai réussi à m'en sortir grâce à un prof de fac qui... nan je déconne !

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Moi avec les filles au lycée 

  • Je m’habillais en ringard des quartiers, tout en jogging. En plus je vivais dans une cité donc c’était vraiment le cliché. Le pantalon que je mettais le plus souvent, c’était une sorte de survêtement Adidas vert kaki horrible. Et ce n’était là que le début du festival : j’avais des chaussures Nike jogging aux couleurs de l’équipe de foot du Portugal dont j'étais extrêmement fier, des chaussettes blanches Nike qui remontaient jusqu'aux mollets, et tous mes t-shirt venaient de chez Intersport. Mais le comble de l'horreur, c’était mon blouson Umbro qui s’enfilait comme un pull, le genre de truc immonde qui a dû être à la mode seulement trois jours, et moi comme un con, je l’ai acheté pile à ce moment-là. Le pire c’est que moi je me trouvais classe. Je pensais que j’étais bien habillé. A mon avis j’étais le seul. Du coup, la conséquence de tout ça, c'est que je n’ai pas serré une seule meuf de tout le lycée, ce qui reste quand même un des plus grands échecs de ma vie. 

35690_1459324997676_7483464_nVous voyez, je ne vous mens pas. Ca c'est moi en 2006, dans ma première bagnole. Notez le détail qui tue : la bandoulière. Si Cristina Cordula voyait cette photo, elle ferait un AVC. 

  • J’étais un peu ignorant. Par exemple, je ne savais pas que Madonna venait de sortir son dernier bon album. Je ne savais pas non plus que Rafaël Nadal allait devenir un immense champion de tennis. J’me souviens avoir dit en le regardant jouer qu’il gagnerait deux trois tournois et qu’il retournerait vendre de la paëlla en Espagne. Toujours dans le domaine sportif, j’étais persuadé que le Portugal allait être bientôt champion de quelque chose, ce qui était, à l'époque, limite pire que croire au Père Noël. Je croyais dur comme fer que Lance Armstrong n'avait touché à aucun produit dopant pour gagner ces sept tours de France. Et je croyais aussi que Ségolène Royal serait la prochaine présidente de la République (ou Dominique Strauss-Kahn, un des deux, je n'étais pas sûr). C’est vous dire à quel point j’étais visionnaire comme garçon.

A suivre...