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(Il est fortement conseillé par l’auteur de lire cet article avec en fond sonore « Prendre un enfant » d’Yves Duteil. Même si la chanson, qui parle d’un monsieur assez âgé qui propose de prendre un enfant par la main, soi-disant pour l’emmener vers demain, n’a rien à voir avec les lignes qui suivent, je vous rassure. C’est juste pour le titre en fait. Encore et toujours. En passant, c’est quand même fou cette ambiance pédophile qui règne au sein de la chanson française. Mais bon, apparemment ça n’a l’air de ne gêner personne, alors...)

  • J’avais encore des grands-parents. Alors ça, c’est vraiment la tuile. Quand on a plus de grands-pères ou de grands-mères, ça veut dire qu’on est entré officiellement dans cette partie de la société qu’on pourrait appeler les « mi-vieux », c’est-à-dire ceux qui ne sont pas encore assez vieux pour ne plus avoir de parents, mais qui ne sont plus suffisamment jeunes pour avoir encore des grands parents. Et ensuite, quand on a plus de parents, bah on est vieux tout court. Ces dix dernières années, je suis donc monté d’une marche supplémentaire dans l’escalier de l’inexorable décrépitude qui mène à la déchéance finale. Et du coup, maintenant que je n’ai plus de grands-parents, on peut imaginer que la Mort, dans son entreprise de destruction éternelle, va s’attaquer à la génération qui arrive juste derrière, celle où il y a notamment mes parents, mes oncles et mes tantes. Et que si on ne l’arrête pas, elle s’attaquera ensuite à MA génération, celle où je suis, avec ma sœur, mes cousins, mes cousines, et mes amis. Enfin, c’est comme ça. Du coup, à 29 ans, il y a déjà plein de phrases que je ne peux plus dire, comme par exemple : « Sortir ce soir ? Ah non désolé, je ne peux pas, il faut que j’aille voir ma grand-mère » ou même « Ce qu’on fait pour Noël ? Oh bah comme tous les ans, on fait ça chez ma grand-mère » ou encore « Putain ! Il est méga cher ce nouveau vélo pliable de chez Decath’, va encore falloir que je tire un peu de pognon à la vieille ». C’est vraiment triste.
  • Je n’avais jamais foutu les pieds dans un restaurant McDonald’s de ma vie. Ces bâtiments peints en rouge et en jaune, les couleurs de l’enfer, ne m’inspiraient rien de bon. Pour moi, la bouffe macdo c’était vraiment de la merde, et il était hors de question de pactiser avec le diable, fut-il habillé en clown. Jusqu’au jour où, va savoir comment, au début des vacances d’été 2009, juste après mes partiels, mon CV s’est retrouvé, de manière tout à fait inexplicable, sur le comptoir du restaurant juste à côté de chez moi. Histoire incroyable ! On se serait cru dans « Paranormal Activity 12 ». Personne n’a encore trouvé d’explication rationnelle à cette sombre affaire. Aucun témoin, aucune trace ADN, mais un suspect : Ronald. Avec son sourire de fourbe et cette manière d’être toujours joyeux, difficile de ne pas voir en lui le coupable idéal. C'est lui qui a voulu m'attirer de force dans son antre, en échange d'un salaire. Trop gentil pour être honnête, c’est moi qui vous le dis.

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  • Toujours est-il que je me suis très vite retrouvé derrière un comptoir à servir des Sunday toute la journée. Et ça a duré deux ans. Et à 40 centimes le menu quand on est équipier chez l’enfer, j’aime autant vous dire que je me suis fait plaisir. Tout y est passé : les maxi capuccino avec triple supplément spéculoos, les boîtes de 32 nuggets, les méga McFlurry servis dans des gobelets à boisson de 75 centilitres… Et vu que je travaillais surtout en cuisine, je me faisais moi-même mes hamburgers. J’ai même inventé mes propres recettes. Le « 560 » par exemple, deux fois le 280. Ou encore le « M Max » avec deux viandes et 6 tranches d’emmental, un bijou ! Et puis, petite coquetterie personnelle, j’avais même inventé un sandwich à mon nom, que j’avais modestement appelé « le petit Grégory » : un pain doré cuit sur pierre, deux steaks assaisonnés comme il faut, de la Batavia, des tomates, quatres tranches de cheddar fondues sur quelques potatoes et, le détail qui tue, une petite rondelle de cornichon noyée dans la sauce. Mais bon, ils n’ont jamais voulu le commercialiser au siège, sous prétexte que ce n’était pas très politiquement correct. Parce que faire bouffer de la merde aux gens depuis plus de 30 ans ça l'est peut-être. Enfin, dommage.
  • Je ne buvais jamais de café. Déjà parce que je ne trouvais pas ça très bon, et parce que pour moi, le café c’était vraiment la boisson pour personnes âgées, pour celles qui ne tiennent tellement plus le choc qu’elles doivent avoir recours à des drogues douces pour avoir encore les yeux ouverts après 21 heures. Du coup, je n’en avais pas besoin, c’était ma grande fierté. Je pouvais même frôler l’arrogance en buvant du lait chaud ou toutes sortes d’infusions le soir sans connaître le moindre assoupissement. Enfin, tout ça c’était avant la fac. Et c’est vrai qu’à la fac, quand tu as trois exposés à faire en dix jours, et que juste derrière tu enchaînes avec une semaine de partiels, tu relativises très vite les choses et t’es assez d’accord pour échanger ton infusion contre la cafetière à laquelle tu es tenté de boire directement au goulot. A partir de ce moment-là, ça a été l’engrenage fatal : J’ai d’abord commencé par une tasse le soir pour réussir à travailler toute la soirée, puis j’ai pris une tasse le matin pour m’aider à me réveiller, puis une après manger avant d’attaquer l’après-midi, puis une autre pour éviter le coup de barre de 17 heure, puis encore une autre pour éviter le fameux coup de barre de 18 heure et ainsi de suite et ainsi de suite. Je suis rapidement arrivé à une dizaine de tasses par jour. Je suis devenu complètement caféinomane. Il me fallait ma dose toutes les deux heures sinon j’étais capable d’agresser quelqu’un. Il y a eu des moments où j’en buvais tellement que j’assurais à moi seul 45% du PIB de l’Amérique Latine. Mon estomac était sponsorisé par Nescafé. Je pissais du dolce gusto. What else ?
  • Je perdais déjà mon temps à écrire des saloperies sur un blog handicapé à peine lu. Il y a des choses qui ne changent pas !

FIN